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Cette tradition a d'abord ete confondue avec la tradition europeenne. En effet, l'edition des textes a ete l'une des taches que se vent fixees les humanistes. Petrarque a decouvert le Pro Archia et les lettres de Ciceron a Atticus, des poemes de Properce et des tragedies de Seneque. L'adjectif "critique" n'apparaitra qu'apres que le travail critique aura vraiment commence. Pourtant, si "critique" signifie la comparaison de differents textes d'un meme ouvrage et le choix de celui qui est considere comme le meilleur, Petrarque a ete l'un des premiers, sinon le premier, a meriter ce qualificatif: il a travaille sur des manuscrits differents de Tite-Live et de Properce. Il est en quelque sorte l'un de nos patrons, ainsi que nombre de ses successeurs en Italie, en France, ou l'on pense a Guillaume Bude et a Henri Estienne(1), et dans d'autres pays europeens (Erasme). Mais il faut prendre garde: les humanistes travaillent sur des manuscrits medievaux de textes grecs et latins dont les originaux vent inconnus. Une precaution analogue vaut a l'egard de nos amis les medievistes contemporains, qui travaillent sur des copies dont les originaux sont, le plus souvent, egalement inconnus.
Dans le domaine sacre ou para-sacre, n'oublions pas ce que nos editions profanes doivent aux etudes qui, il y a trots siecles, ont ete menees sur les Vies des saints et sur le texte meme de la Bible. Pro et contra, elles vent presque contemporaines: les premieres remontent au debut du XVIIeme siecle et les secondes a la fin du meme siecle.
C'est en 1603 que le P. Heribert Rosweyde, appartenant a la province beige de la Compagnie de Jesus, fit remarquer a l'un de ses superieurs qu'il avait rencontre beaucoup d'histoires apocryphes dans les Vies des saints et qu'il fut en consequence, autorise a entreprendre un travail d'assainissement. Son oeuvre capitale sera en 1615 l'edition des Vitae Patrum. "C'est veritablement--ecrira l'historien des bollandistes(2)--la pierre fondamentale des Acta Sanctorum. [. . .] Il s'entoura de tous les manuscrits qu'il lui fut possible d'atteindre [plus de vingt] et examine une a une vingt editions de l'ouvrage, [. . .] les compare, les classa, et en tire le texte qui, jusqu'a ces tout derniers temps, a ete le point de depart des recherches d'erudition en ces matieres." C'est bien l'esprit de l'edition critique qui est ici defini. Rosweyde eut pour successeur le P. Jean Bolland qui, aide par le P. Henschenius, fera paraitre en 1643 les deux enormes volumes des saints fetes au mods de janvier. La "publication--ecrit encore le P. Delehaye--provoqua dans le monde savant un veritable enthousiasme. Un champ nouveau etait ouvert a la science historique(3)."
Rendons grace a nos amis beiges, dont le laboratoire etait situe a Anvers (il l'est maintenant a Bruxelles), d'avoir ainsi donne le premier exemple de la methode critique appliquee aux sources. Il est difficile, a l'epoque des photocopieuses, des ordinateurs, du fax et du courrier electronique, de nous rendre compte des efforts et du courage qu'il fallait deployer pour reunir alors les elements textuels necessaires. C'est une epopee que conte l'historien des bollandistes lorsqu'il relate le voyage accompli en 1660-1661 par Henschenius et Papebroch pour se rendre a Rome en visitant les eglises et les monasteres qui etaient sur leur chemin. Si la Belgique etait riche en manuscrits, que dire de l'Italie?
En 1668, Papebroch crut pouvoir formuler les regles de la critique diplomatique. Il "en arrivait a suspecter l'authenticite de la plupart des anciens diplomes monastiques, notamment ceux des vieilles abbayes benedictines(4)." D'ou l'intervention de Mabillon qui, disposant des riches archives de son Ordre, reprit la question sur une base plus large et compose son chef-d'oeuvre, le De re diplomatica (1681), ou la doctrine fut definitivement etablie. Les deux savants n'en vinrent point aux mains et s'assurerent, au contraire, d'une estime reciproque.
A l'oppose des bollandistes, mais temoignant du meme esprit qu'on peut dire scientifique, d'autres s'attaquaient aux textes sacres, fondements du christianisme. En eclaireurs, Grotius et Spinoza, mal servis toutefois par une connaissance insuffisante de la philologic. L'effort principal vint de Richard Simon qui consacra le terme "critique" dans ses quatre ouvrages publies de 1678 a 1693: Histoire critique du Vieux Testament, Histoire critique du texte du Nouveau...
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