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EN 1848, apres une guerre civile qui aboutit a la victoire du mouvement liberalradical, le pays est organise sous la forme d'un Etat national moderne accordant a tous les Suisses de sexe masculin le suffrage universel. Les trois decennies qui suivent offrent a l'industrie (deja fortement developpee mais encore disseminee dans la campagne et souvent organisee sur la base du travail a domicile) les conditions propices a un>>take-off< Ces deux evenements, a savoir la victoire de la bourgeoisie liberale au milieu du 19e siecle et la defaite de la classe ouvriere au debut du 20e siecle, posent les principaux jalons pour caracteriser les traits significants de l'historiographie helvetique. Celle-ci comporte en effet deux etapes, qui, chacune a sa maniere, marginalisent le role du mouvement ouvrier. L'explication de ces rapports de force specifiques qui conditionnent l'historiographie est aisement decelable dans le type d'evolution que connait la bourgeoisie suisse elle-meme. (2) Premierement, la bourageoisie et les classes moyennes de 1848, largement portees par une croissance industrielle encourageante, construisent un systeme politique liberal ouvert, accordant meme aux ouvriers -- du moins en principe -- l'acces aux affaires publiques. Certes, une classe dominante et certaines elites bourgeoises prennent resolument en main la vie politique, bien encadrees par un groupe de controle efficace issu des milieux economiques. Mais dans l'ideologie du courant politique dirigeant (les radicaux), la societe de classes n'existe pas. Les forces bourgeoises interpretent leur propre avenement comme celui du peuple entier: une image qui semble confirmee par le fait que la Suisse se trouve parmi les rares pays ayant introduit le suffrage universel, voie la democratie semi-directe (le referendum populaire) au 19e siecle deja. Pourtant -- et c'est le deuxieme point dont il faut tenir compte -- l'evolution economique, de plus en plus ordonnee par un capitalisme dynamique, engendre en Suisse comme ailleurs les clivages sociaux propres a la societe industrielle. La greve generale de 1918, provoquee en premier lieu par une degradation dramatique des conditions de vie des couches populaires, perturbe brutalement le concept historique bourgeois, imposant par les faits la notion de lutte des classes. Pour autant, la notion bourgeoise d'unite nationale n'est pas demantelee, car le conflit est explique prioritairement comme le resultat d'une agitation>>etrangere<