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En Russie, dans les années suivant l'effondrement de l'URSS, la violence est présente dans de nombreuses démarches artistiques qui jouent sur le terrain de la transgression radicale. Parmi bien d'autres, Oleg Kulik mord les visiteurs de ses expositions. Alexander Brener détruit l'installation d'un autre artiste lors d'
Le jeune groupe Radek Community participe de ce phénomène plutôt troublant si l'on considère que, hormis la tentative de putsch conservateur d'août 1991, la fin de la dictature en Russie s'est déroulée sans heurts importants : sans révolution, comme cela s'est produit en Roumanie et sans mur à détruire comme à Berlin.
à ses débuts, le groupe Radek est bien plus qu'un symptôme de cette violence récurrente dans la nouvelle scène moscovite post-perestroika. Il en est même le jeune porte-drapeau, apparu à la suite de plusieurs expériences de collectifs d'artistes (2). L'histoire commence en 1995 quand plusieurs activistes se réunissent autour de la revue Radek, une tribune créée en hommage à Karl Radek, un bolchevik de la première heure victime des purges staliniennes qui l'enverront au goulag en 1937. Si les initiateurs de ce magazine--notamment son rédacteur en chef, l'artiste Anatoly Osmolovsky, accompagné, entre autres, des artistes Dmitri Gutov et Kirill Preobrazhenski--y traitent de théories contestataires post-Seconde Guerre mondiale comme celles de l'Internationale Situationniste, celles de Karl Radek, problématiques à plus d'un titre, semblent toutefois écartées (3). Les recherches menées par la revue consistent à créer les conditions d'existence d'une pratique artistique qui serait critique à la fois envers l'ancien régime soviétique et l'évolution politique de la Russie contemporaine vers un ultra-libéralisme économique des plus troubles. La rhétorique utilisée est marquée par des mots d'ordre de confrontation politique, à l'image du titre d'une exposition de 1993 qu'Anatoly Osmolovsky organise en tant que commissaire au Centre d'art contemporain de Moscou,
La reconstruction de l'avant-garde ne peut pas être un projet individuel puisque l'avant-garde est un mouvement artistique et social. [...] [Osmolovsky] considère lui-même un groupe comme une brigade de choc. (5)
C'est dans cet environnement qu'évoluent les jeunes artistes qui fondent Radek Community en 1997. Certains ont alors à peine seize ans, tels Valery Uchanov et David Ter-Oganyan qui étudient à l'Ãcole d'art contemporain de Moscou fondée par le père de ce dernier, Avdei Ter-Oganyan, et oø Osmolovsky est aussi impliqué.
La première action importante de Radek Community se produit d'ailleurs sous la direction des deux artistes. Le 23 mai 1998, à l'occasion d'un séjour de plusieurs étudiants de l'Ãcole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris à Moscou, Ter-Oganyan décide de donner en pleine rue une
à ce sujet, on pourrait rapprocher la démarche de Barricade de la rétro-avant-garde identifiée par Peter Weibel à propos de plusieurs groupes d'artistes slovènes, notamment IRWIN et NSK (Nouvel Art Slovène). Comme l'explique Marina Grzinic à propos de Laibach, un groupe de musique de Ljubljana: