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Les récentes émeutes en France sont souvent mises en parallèle avec deux autres événements : le pillage post-Katrina à la Nouvelle-Orléans et Mai 68. En dépit de différences significatives, des leçons sont à tirer de ces deux événements. D'une part, les incendies de Paris ont été un brusque rappel à la réalité pour les intellectuels européens qui se servaient de la Nouvelle-Orléans pour prôner l'avantage du modèle de l'Ãtat-providence européen sur le capitalisme sauvage des Ãtats-Unis--nous savons maintenant qu'il peut également se produire en Europe. Ceux qui attribuaient la violence de la Nouvelle-Orléans à l'absence d'une solidarité à la manière européenne se trompent tout autant que les libéraux de l'économie de marché américaine, qui se sont fait un plaisir de nous renvoyer la balle et de souligner que la rigidité même des interventions étatiques, limitant la concurrence du marché et sa dynamique, a empêché l'essor économique des immigrés marginalisés en France (contrairement aux Ãtats-Unis oø de nombreux groupes d'immigrés comptent parmi les mieux nantis).
D'autre part, ce qui saute aux yeux, c'est l'absence de toute perspective utopique chez les manifestants. Là oø Mai 68 était une révolte ayant une visée utopique, la récente révolte à Paris était une simple explosion de violence sans aucune prétention à une vision positive. Si jamais le lieu commun voulant que
Les véritables enjeux des émeutes parisiennes n'avaient rien d'une protestation socio-économique tangible; ils représentaient encore moins une revendication du fondamentalisme islamique (exception faite d'un centre de services sociaux, une des premières choses à être incendiées fut une mosquée, ce qui explique que les organismes religieux musulmans aient immédiatement condamné la violence). Ces émeutes représentent plutôt un effort direct pour acquérir de la VISIBILITà : un groupe social qui, bien que faisant partie de la France et constitué de citoyens français, mais néanmoins exclus de l'espace politique et social, cherchait à rendre sa présence concrète au grand public : que vous le vouliez ou non, nous sommes ici, peu importe que vous feigniez de ne pas nous voir. C'est-à -dire que les commentateurs ont omis de signaler le fait crucial que les manifestants ne revendiquaient aucun statut particulier de communauté (religieuse ou ethnique) qui aspire à un mode de vie sectaire. Au contraire, ils partaient du principe qu'ils voulaient être et qu'ils SONT des citoyens français, mais qu'ils ne sont pas reconnus en tant que tels. Leur protestation faisait clairement comprendre qu'ils se trouvaient de l'autre côté du mur qui sépare le visible de l'invisible dans l'espace social. Ils ne proposaient pas une solution ni ne constituaient un mouvement visant à trouver une solution. Au contraire, ils aspiraient à créer un problème, à signaler qu'ils sont un problème qui ne peut pas être ignoré plus longtemps. C'est pour cette raison que la violence s'imposait : s'ils organisaient une marche non violente, ils devraient se contenter d'une mention en bas de page ...
Comme dans le cas d'Hollywood et des troubles aux Ãtats-Unis, ce qui s'est véritablement passé ici avait déjà été ressenti et vu il y a dix ans. Rappelez-vous La Haine (Mathieu Kassovitz, 1995), le film en noir et blanc sur l'intifada des banlieues françaises, qui s'articule autour de l'absurdité de la violence juvénile, de la brutalité policière et de l'exclusion sociale dans les banlieues parisiennes. Les récentes émeutes n'offrent aucune possibilité d'essor d'un agent proprement politique, il nous reste à espérer qu'elles survivront à l'intérieur d'une sorte de registre culturel, comme l'essor d'une nouvelle culture punk banlieusarde ...
Rappelez-vous la vieille histoire du travailleur soupçonné de vol : tous les soirs, alors qu'il quittait l'usine, les gardes examinaient de près la brouette qu'il poussait devant lui, sans jamais rien y trouver. La brouette était toujours vide. Finalement, ils comprirent que ce que l'ouvrier volait ... c'étaient des brouettes. N'en va-t-il pas de même pour les manifestations à Paris? Les analystes cherchaient à donner un sens à la violence sans tenir compte de l'évidence--oø, comme l'aurait dit Marshall McLuhan, le médium était le message. Nous nous retrouvons devant un cas qualifié, il y a longtemps, par Roman Jakobson de
Ce qui nous amène à l'idée d'Alain Badiou selon laquelle nous vivons dans un espace social qui, de plus en plus, est ressenti comme