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Une capacite d'operations speciales pour le Canada.

The Army Doctrine and Training Bulletin (French edition)

| June 22, 2003 | Lizotte, Guy | COPYRIGHT 2001 Canadian Army Journal. (Hide copyright information)Copyright

Puissiez-vous vivre à une époque vraiment intéressante!--Un proverbe chinois mythique ou une malédiction?

INTRODUCTION

Nous vivons à n'en pas douter à une époque vraiment intéressante, mais seul le temps nous dira s'il s'agit d'un proverbe ou d'une malédiction. Dans la foulée de la guerre que le monde entier mène actuellement au terrorisme, l'Armée de terre canadienne est aux prises avec ses propres défis: sa structure, sa doctrine, son personnel, ses finances et ses opérations. La plupart de ces défis existaient déjà avant le 11 septembre 2001, mais l'un d'entre eux a pris le pas en raison des différentes exigences liées à la guerre au terrorisme.

Avant les attaques terroristes perpétrées contre New York et Washington, l'Armée de terre canadienne s'apprêtait à dissoudre ses trois bataillons d'infanterie légère pour plutôt compter sur six bataillons d'infanterie mécanisée, qui formeraient l'infanterie au sein de ses forces polyvalentes aptes au combat moyennes. Le déploiement du 3e Bataillon, Princess Patricia's Canadian Light Infantry (3 PPCLI) en Afghanistan en février 2002 a bien vite démontré que la décision de dissoudre les bataillons légers pouvait bien être prématurée. L'intention du chef d'état-major de l'Armée de terre (CEMAT) de réduire l'ampleur de la capacité de l'Armée de terre au profit de la profondeur était louable face à la crise financière dans laquelle l'Armée de terre était plongée et dans laquelle elle se trouve encore aujourd'hui; cette intention a toutefois été rapidement supprimée par la guerre au terrorisme.

Dans la Stratégie de l'Armée de terre publiée récemment, le CEMAT a indiqué que les bataillons d'infanterie légère demeureraient et que l'Armée de terre tentait actuellement de déterminer << la structure que devraient avoir ces bataillons légers, le moyen d'optimiser leur capacité à mener des opérations en terrain complexe et le niveau selon lequel leurs compétences devraient être combinées à celles qu'on exige des forces d'opérations spéciales. Ce dernier élément permettra à l'Armée de terre d'élargir sa capacité d'opérations spéciales. >> (1) Nous nous trouvons à une croisée des chemins et nous savons que nous avons besoin d'une capacité d'opérations spéciales, mais la structure des bataillons d'infanterie légère ainsi que leurs rôles précis ne sont pas encore établis de façon définitive. Nous allons examiner aujourd'hui différents modèles susceptibles de permettre au Canada de se doter d'une capacité d'opérations spéciales.

La méthodologie employée tentera essentiellement de répondre aux questions suivantes:

1) Le Canada a-t-il eu recours à des forces d'opérations spéciales auparavant?

2) Sommes-nous actuellement en mesure de mener des opérations spéciales?

3) Répondons-nous aux conditions qui, selon Colin Gray, assurent le succès d'une capacité d'opérations spéciales?

4) Quel serait le rôle d'une capacité d'opérations spéciales canadienne?

5) Quels modèles le Canada pourrait-il utiliser pour satisfaire aux exigences liées à une capacité d'opérations spéciales?

6) Dans le contexte actuel, quel modèle répond le mieux aux exigences du Canada au regard d'une capacité d'opérations spéciales?

Nous allons répondre à la première question en examinant l'histoire du Canada et sa participation à des forces spéciales (FS) et à des unités d'élite afin de confirmer que la culture militaire permet de créer et de maintenir une telle capacité. Quant à la deuxième question, nous y répondrons en analysant la politique étrangère et la politique de défense actuellement en vigueur afin de nous assurer que rien à ce chapitre ne viendrait faire obstacle à la mise en place d'une capacité d'opérations spéciales. Pour la troisième question, nous appliquerons les conditions gagnantes établies par Colin Gray, conditions énoncées dans son article publié en 1999 dans Parameters, et nous confirmerons que le Canada y satisfait. Nous répondrons à la quatrième question en étudiant les conclusions produites par un groupe de travail canadien chargé de mener une étude sur la capacité d'opérations spéciales, notamment sur les rôles que doit jouer cette capacité. Pour la cinquième question, nous établirons trois modèles dont l'application permettrait de répondre aux besoins du Canada alors que pour la dernière question, nous évaluerons chacun de ces modèles en fonction d'un cadre constitué de facteurs particuliers au Canada, l'abordabilité, la pertinence pour les tâches et la soutenabilité par exemple. Nous pourrons ainsi déterminer le modèle qui répond le mieux aux exigences au regard de la capacité d'opérations spéciales du Canada.

DÉFINITIONS

Les recherches qui ont mené à la rédaction du présent article ont tôt fait de nous éclairer sur les différentes interprétations qui existent des forces spéciales (FS) et des unités d'élite de l'infanterie. À des fins d'uniformisation, nous utiliserons la définition suivante tout au long du présent document. Selon la Publication interarmées 3-05 des États-Unis, les FS se définissent ainsi:

 
   Des forces de l'Armée américaine 
   spécialement organisées, 
   entraînées et équipées pour 
   mener des opérations spéciales. 
   Les forces spéciales reçoivent 
   cinq missions principales: la 
   guerre non conventionnelle, la 
   défense intérieure de pays 
   étrangers, les actions directes, la 
   reconnaissance spéciale et le 
   contre-terrorisme. Le contreterrorisme 
   constitue une mission 
   spéciale confiée à des unités des 
   forces spéciales organisées, 
   entraînées et équipées de façon 
   bien particulière et identifiées 
   dans des plans de contingence 
   dans le théâtre. (2) 

Dans cet article, l'expression FS désignera des unités spécialisées comme les Bérets verts de l'Armée américaine, ou encore des unités antiterroristes comme la Force opérationnelle interarmées (FOI) 2 du Canada.

Nous parlerons aussi des unités d'élite de l'infanterie qui ne sont généralement pas considérées comme des FS. Ce terme générique ne figure dans aucun des glossaires militaires qui existent actuellement. Aux fins du présent document toutefois, une unité d'élite de l'infanterie constitue une force, comme les Rangers de l'Armée des États-Unis, certaines unités aéroportées et les Marines (É.-U. et R.-U.), organisée et entraînée pour mener des missions spéciales. Cette force peut participer à des opérations spéciales mais n'est pas une force << spécialisée >> comme on l'entend d'une FS.

C'est ainsi que l'Armée de terre canadienne doit parvenir à réunir, dans une proportion adéquate, des unités spécialisées, des unités non spécialisées et des unités d'infanterie classiques afin de résoudre ce dilemme.

HISTOIRE DU CANADA AU CHAPITRE DES FS ET DES UNITÉS D'ÉLITE

Vous pourrez être surpris d'apprendre que le Canada possède fort peu d'expérience au niveau des << véritables >> unités de FS. L'unité antiterroriste canadienne, la FOI 2, est en fait la première incursion dans le domaine des FS. L'unité a été créée en 1993, en remplacement de l'unité antiterroriste de la Gendarmerie royale du Canada. Elle a depuis participé à des déploiements outremer, mais son rôle principal consiste à contrer les menaces qui pèsent contre le respect de l'ordre au pays. (3)

Le Canada possède une bien plus vaste expérience avec les unités d'élite de l'infanterie légère. Le 1er Bataillon canadien de parachutistes, créé le 1er juillet 1942, constitue la première de ces unités. (4) Le Bataillon s'est déployé en Grande-Bretagne en juillet 1943, auprès de la 6e Division aéroportée britannique. Il a participé activement à la campagne de Normandie. Plus tard, le << 1er Bataillon canadien de parachutistes a mérité la distinction d'avoir été la seule unité de combat canadienne à voir l'action dans les Ardennes. >> (5) L'unité a terminé la guerre en Europe du Nord-Ouest, parachutée sur la rive éloignée du Rhin pour aider le général Montgomery à ouvrir une brèche dans la dernière ligne défensive allemande. Lorsque la guerre a pris fin, le 8 mai 1945, le Bataillon était à Wismar, sur la mer Baltique. De toutes les unités canadiennes qui ont participé à la Seconde Guerre mondiale, c'est le 1er Bataillon canadien de parachutistes qui s'est rendu le plus à l'est dans le Reich allemand. (6)

En juillet 1942, un deuxième bataillon de parachutistes--le 2e Bataillon canadien de parachutistes--a vu le jour. << Son nom prêtait cependant à confusion puisqu'il ne s'agissait pas d'un bataillon de parachutistes, mais bien d'un commando. On l'a nommé ainsi purement pour des raisons de sécurité, afin de camoufler son véritable mandat opérationnel. >> (7) Le 2e Bataillon canadien de parachutistes constituait le contingent canadien de la Première force d'opérations spéciales (1re FOS), une unité canadoaméricaine chargée de s'infiltrer dans les fjords montagneux de la Norvège afin de détruire la capacité hydroélectrique du pays. Après l'annulation de ce projet au début de 1943, la 1re FOS s'est entraînée pour mener des opérations amphibies et s'est déployée pour la première fois dans le cadre de l'opération visant à reprendre l'île de Kiska, dans les Aléoutiennes, le 15 août 1943. (8) La 1re FOS a par la suite été envoyée dans le théâtre de la Méditerranée oø elle a combattu à << Monte La Difensa, bloquant l'avance de la 5e Armée des États-Unis, là oø d'autres unités alliées avaient échoué. À la fin de décembre 1943 et au début de janvier 1944, la Force s'est emparée de Monte Sammucro et de Monte Mojo et est parvenue, contre toute attente, à occuper ces deux emplacements. >> (9) La 1re FOS s'est ensuite rendue à la tête de pont d'Anzio oø elle s'est distinguée et oø elle a reçu des Allemands le surnom de << Brigade du diable >>. Après avoir pénétré dans Rome et servi dans le sud de la France au cours de l'opération ANVIL DRAGOON, l'unité a été dissoute au début de décembre 1944. (10) La 1re FOS a subi de lourdes pertes tout au long de la campagne italienne, peut-être parce qu'elle était utilisée comme troupes de choc et elle ne disposait que de peu, voire d'aucune armes d'appui.

La fin de la Seconde Guerre mondiale a marqué le retrait apparent du Canada des unités d'élite. << La longue lutte menée à l'échelle mondiale avait fait des ravages, et un gouvernement endetté et épuisé ne désirait rien de plus qu'une armée de l'après-guerre des moins extravagante. >> (11) Divers stratagèmes ont cependant permis à l'établissement responsable de l'entraînement des parachutistes de poursuivre son travail, que ce soit pour mener des activités de recherche sur les sauts effectués par temps froid, procéder à la mise au point d'équipement et dispenser un certain niveau d'entraînement. (12) Ces efforts ont mené à la création, en 1947, de la Compagnie canadienne d'opérations spéciales aéroportées (SAS) qui, << aux niveaux de l'Armée de terre, des différents services et de …

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