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Cet article est tiré d'une conférence donnée par le professeur Sir Michael Howard au Royal United Services Institute, le 18 octobre 1961; cette conférence a été publiée dans le journal de l'Institut, édition no 107 (p. 4-8), datée de février 1962. L'article a également été reproduit dans Parameters, Journal of the US Army War College, Vol XI, No 1, p. 9-14. La présente reproduction est autorisée par le Royal United Services Institute.
Pour l'historien militaire qui a des antécédents de soldat professionnel, l'idée que l'histoire militaire pourrait avoir une << utilité >> est parfaitement naturelle. Il n'aurait sûrement pas entrepris d'études historiques s'il n'avait soutenu cette idée. Mais l'historien de type classique qui passe à l'histoire militaire aura peut-être à surmonter un certain scepticisme quant à l'utilité de ses études militaires. Cette situation s'explique en partie par des raisons que j'aborderai plus loin, qui sont liées à la nature générale de l'histoire de type classique telle qu'elle a évolué au cours du dernier siècle. Cette situation est également attribuable à une certaine peur dans les cercles universitaires oø l'histoire militaire tend à être perçue comme la servante du militarisme, d'oø la croyance que son utilité première est la propagande et la << création de mythes >>. Voyons tout de suite à quoi rime cette peur, qui n'est pas entièrement dépourvue de fondement.
Lorsque j'utilise le terme << création de mythes >>, je l'entends dans le sens de création d'une image du passé par la sélection et l'interprétation pesée d'informations, dans le but de créer ou d'entretenir certaines émotions ou croyances. Or, on s'est toujours attendu à ce que les historiens agissent ainsi depuis l'époque très lointaine oø les événements du passé ont commencé à faire l'objet de comptes rendus, afin d'encourager les sentiments patriotiques ou religieux ou de promouvoir le soutien populaire d'une dynastie ou d'un régime politique. Les historiens se sont ordinairement prêtés à ces interprétations de l'histoire sans se sentir coupables de malhonnêteté professionnelle et tout en produisant un travail absolument splendide. Par exemple, les chroniqueurs des Tudor, qui ont décrit le Moyen Âge, l'ont souvent fait pour faire ressortir les splendeurs de leur propre époque. Les historiens nationalistes de l'Allemagne du XIXe siècle comme Sybel et Treitschke, et les historiens maritimes et nationalistes de l'Angleterre victorienne comme J.R. Seeley, ont écrit dans le but avoué de renseigner, donc de susciter le patriotisme et la loyauté. Dans les régimes totalitaires, il est difficile et parfois impossible d'écrire toute autre sorte d'histoire. Même dans les démocraties bien établies, le << mythe >>, cette vision sélective et héroïque du passé, associée, il est vrai, à des réserves très prudentes, a son utilité. L'historien régimentaire doit, par exemple, consciemment ou non, soutenir l'opinion que son régiment a généralement été parfaitement brave et efficace, surtout au cours de son passé récent. Sans se sentir le moindrement malhonnête, il mettra l'accent sur les épisodes glorieux de l'histoire de son régiment et ne fera qu'effleurer ses moments plus obscurs, sachant pertinemment que son travail consiste, à toutes fins pratiques, à soutenir le moral des soldats dans le futur.
Le puriste n'admettra jamais qu'un objectif aussi utile ou noble soit-il puisse justifier la suppression ou la sélection d'événements dans les histoires régimentaires ou dans les histoires militaires populaires. Il est vrai que cette façon de faire présente à court terme des dangers souvent ignorés, sans compter qu'elle fait courir les risques moraux inhérents à toute forme de manipulation de la vérité. En effet, le jeune soldat qui participe à une action pour la première fois peut être incapable de faire le lien entre la guerre qu'on lui a dépeinte et la guerre réelle--entre la manière dont lui, ses pairs, ses officiers et ses subordonnés devraient se comporter et les comportements réels. Un manque de préparation face à la …