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La 7e Brigade d'infanterie canadienne [BIC] a eu également le triste sort de se trouver sous les ordres d'un nouveau commandant à Cambrai, lors du dernier grand combat de la guerre, et de perdre deux commandants de bataillon d'expérience dans les premières heures de la campagne. Autrement dit, le commandement et le contrôle ont été sérieusement touchés et la Brigade a subi des pertes inutiles.
Voici ce qu'en a dit, 45 ans après, l'officier général commandant (OGC) de la 7e BIC, le bgén John Arthur Clark, ancien cmdt du 72e Bataillon (Bn) (Seaforth Highlanders) de la 4e Division d'infanterie canadienne: " Jamais je ne me suis senti aussi déprimé qu'après cette bataille. Il semblait impossible de briser le moral et l'esprit combatif des soldats allemands. Nous avions l'impression que ces Boches ne pouvaient pas être battus, certainement pas en 1918. Ils ont magnifiquement combattu, et de façon acharnée. Ils ont découragé bien des soldats du Corps. " (2)
Lors d'une visite auprès des officiers du 42e Bataillon du Corps expéditionnaire canadien (Royal Highlanders of Canada) dans un cantonnement de repos après la bataille, vers la fin d'octobre, le général Currie a également senti le découragement des soldats. Il leur a demandé de lui dire ce qui n'avait pas fonctionné: " Oubliez que je suis le commandant du Corps et dites-moi exactement, en toute franchise, ce qui, d'après vous, a mal tourné lors du dernier combat. Je veux savoir exactement ce que vous pensez, si vous croyez que les commandants supérieurs ont fait des erreurs ou non. Je vous demande de me parler librement, d'homme à homme. Rien de ce que vous me direz ne se retournera contre vous. " (3)
Fort heureusement pour Currie, le cmdt des Highlanders, Royal Ewing, était en permission durant cette visite, sinon Ewing, qui rageait d'amertume, en aurait raconté de belles au commandant du Corps. Charles Stewart, du Princess Patricia Canadian Light Infantry (PPCLI), avait été tué. Dick Willets du Royal Canadian Regiment (RCR) avait été gravement blessé et Robert Palmer du 49e Bn était en permission. Ainsi, dans la 7e Brigade, Ewing était le seul commandant de bataillon survivant. Personne n'a consigné ce que les Highlanders ont dit en l'absence de leur cmdt.
À force de persévérance de la part du Corps, les Canadiens prenaient Cambrai le 9 octobre. La Brigade poursuivit alors l'armée allemande qui battait en retraite, et a même pris à un moment la tête du Corps à travers la forêt de Raismes. Elle devait avoir l'insigne honneur d'être la première brigade canadienne à pénétrer dans Mons le 10 novembre, la veille de la déclaration de l'Armistice. Ce fut également la première et seule brigade du Corps canadien qui se révolta. Elle continua cependant d'exister, au moins théoriquement, jusqu'au jour oø ses bataillons s'embarquèrent sur des navires pour revenir au pays. Cependant, avant l'embarquement, ses deux premiers commandants ne l'oublièrent pas. Le bgén Hugh Dyer, en l'honneur duquel la Brigade défila à Bramshott, vint la saluer une dernière fois. Le charismatique " Batty Mac " n'oublia pas non plus la " Combative Brigade " et lui adressa un dernier message chaleureux: " Je suis vraiment très fier de pouvoir dire que j'ai déjà commandé une telle brigade. Je n'ai aucun doute que ses membres réussiront dans la vie civile et continueront de faire preuve des mêmes qualités de courage, d'initiative, de rigueur et de ténacité dans le civil qu'ils ont su si bien démontrer sur le champ de bataille. " (4)
PROMOTIONS ET PROBLÈMES
Les problèmes de la 7e BIC ont débuté lorsque l'OGC tant apprécié, le bgén " Daddy " Dyer, fut remplacé par le bgén Clark, nouvellement promu, le 12 septembre, au cours de la brève accalmie entre les batailles d'Arras et de Cambrai. Les divers historiques et journaux de guerre du régiment mentionnent le départ de Dyer, en font l'éloge et parlent de l'amour et de l'admiration qu'on lui vouait, mais ne donne aucune explication sur son départ soudain. L'ouvrage officiel sur l'historique du régiment mentionne simplement le fait que le départ du mgén Lipsett et la promotion du général Loomis " provoquèrent un certain nombre de modifications dans le commandement des brigades d'infanterie au sein du Corps. " Dyer avait servi 12 mois sous Loomis en tant que commandant de bataillon et avait été promu au cours de cette période pour commander une brigade, sans aucun doute sur la recommandation de Loomis, de sorte que ce n'était certainement pas parce que le nouveau OGC ne voulait pas de Dyer.
Dyer avait commandé la 7e BIC à Passchendaele, à Amiens et à Monchyle-Preux de manière efficace mais sans brio, ce qui élimine la question d'incompétence. Il s'agissait plus probablement d'une question de santé. En effet, Dyer avait été gravement blessé lors de la deuxième bataille d'Ypres. Dans General Mud (5), Burns note qu'un commandant de brigade restait en moyenne 17 mois en fonction au cours de la Première guerre mondiale. Après une période ininterrompue de 15 mois comme commandant de la brigade, précédée d'une période de travail exigeant au niveau du bataillon dès le début de la guerre, Dyer était prêt pour un repos dont il avait besoin depuis longtemps. Il avait servi de façon honorable et était donc maintenant renvoyé en Angleterre pour occuper le poste moins difficile de commandant du Quartier général de l'instruction canadienne à Seaford. (6) Cependant, il reste à savoir si le fait de " changer de cheval au milieu de la course ", était la meilleure décision pour la 7e BIC. Comme nous le verrons, les batailles devinrent au cours des cent derniers jours plus chaotiques et imprévisibles; les responsables du commandement et du contrôle ont dû donc avoir en place des méthodes opérationnelles éprouvées et bien rodées et la connaissance nécessaire pour les mettre en Luvre de manière efficace.
Le remplaçant de Dyer, Clark, était plus jeune. Il avait 32 ans. C'était un avocat et un officier de la Milice de Vancouver qui avait commandé les Seaforths depuis le début de la guerre. En tant que commandant de bataillon il avait reçu trois fois l'ordre du service distingué en tant que commandant de bataillon mais semblait dès le début ne pas être à l'aise comme commandant de brigade. (7) Dans ses mémoires, un officier du RCR révèle que Clark lui avait parlé après la guerre et " lui avait mentionné combien il était difficile, pour un nouveau brigadier, d'en demander tant à des régiments de renom, qu'il sentait lui-même cette tension et qu'il n'était guère plus qu'un prête-nom pour la Brigade. " (8) Clark révélera lui-même, lors d'une entrevue réalisée dans les années 1960, que le fait de prendre le commandement d'une brigade juste avant une opération compliquée comme le franchissement de la ligne D-Q et la traversée du Canal du Nord, constituait un défi de taille.
" J'étais un commandant de brigade assez jeune, " rappelle-t-il dans une entrevue de la CBC. " J'avais 32 ans à l'époque et la plupart de ces commandants étaient plus âgés que moi. Je me sentais donc plutôt comme un étranger dans la Brigade. " (9) C'est ainsi que Clark s'est appuyé fortement sur le cmdt du PPCLI, le lcol Charles Stewart, le plus expérimenté et le plus flamboyant des quatre commandants de bataillon. Lorsque Stewart a été tué lors de la bataille du Canal du Nord, le 28 septembre 1918, Clark admit qu'il " ressentait sa perte d'une façon toute particulière ". Stewart l'avait " accueilli de façon très généreuse et lui avait accordé le soutien le plus fidèle qui soit. Je (Clark) m'étais habitué à compter sur lui et j'ai toujours senti que sa gaieté naturelle me remontait le moral et m'encourageait beaucoup. " (10) Le fait que le lcol Stewart ait pu avoir un tel effet sur son commandant supérieur en l'espace d'à peine deux semaines témoigne de son charisme et de ses qualités naturelles de leader.
Dans les combats acharnés qui suivirent la mort de Stewart, Clark fléchit et perdit le respect d'au moins deux de ses quatre bataillons. Le PPCLI et le 42e Bon. Plus tard, après l'armistice, sa brigade se révolta à Nivelles, en Belgique, en décembre 1918; bien sûr, il y avait eu manifestement ces ordres qui obligèrent les hommes à transporter leur fourbi complet, mais il y avait aussi des raisons plus profondes et plus sombres--un ressentiment et une haine nés de l'inaptitude de Clark à commander la brigade à Tilloy. Clark avoua lui-même que sa première et seule expérience en tant que commandant de brigade dans des attaques prolongées l'a découragé. " Lorsque la 7e Brigade a été relevée, je me suis senti las et déprimé ", se rappelle-t-il. " Nous avions subi de lourdes pertes. J'ai ressenti que, d'une certaine manière, je n'avais pas réussi à assurer le leadership auquel mes soldats avaient droit. " (11)
Au moins un cmdt, le lcol Royal Ewing, entretenait les mêmes pensées et profita de la première occasion, après les batailles de Cambrai, pour faire connaître ses sentiments par des voies détournées--la présentation en fin de mois du journal de guerre du bataillon. Le départ du bgén Hugh Dyer occupe presque toute la page et précède une brève note sur l'arrivée de Clark le 12 septembre. Le libellé et le style sont indubitablement ceux d'Ewing et constituent un message très clair, à l'intention de Clark, comme quoi il ne fait pas l'affaire. Il vaut la peine de traduire intégralement ces deux passages: " Le départ du général Dyer de la 7e Brigade d'infanterie canadienne a suscité un peu partout les regrets les plus sincères. Non seulement son leadership lui avait mérité l'admiration des hommes et des officiers sous son commandement, mais sa personnalité l'avait rendu cher à tous ceux qui le connaissaient. Son jugement sain et équilibré, sa juste appréciation d'une situation militaire ainsi que son sens aigu de la valeur suprême de la vie humaine en ont fait un chef en qui nous avons pu avoir implicitement confiance, tandis que son esprit génial et sincère, son profond intérêt dans la vie de ses hommes et sa bravoure personnelle lui a valu la plus profonde admiration de la part de tous. " (12)
Presque comme une apostille de cette eulogie, la note d'Ewing, que le nouveau commandant allait sûrement lire: " Le lieutenant-colonel J.A. Clark, DSO, cmdt du 72e Bataillon des Seaforth Highlanders, a pris le commandement de la Brigade. Le colonel Clark arrive avec d'excellents états de service et nous avons confiance que la Brigade remportera d'autres …